Je m'endors sous la protection de géants de béton aux yeux orange, jaunes, blancs, parfois bleus.
Les heures passent et leurs paupières se baissent à mesure que les lumières s'éteignent. Il est rare, toutefois, que tout soit éteint.
Parmi les questions qui ont tourné dans ma tête les quelques heures qui ont précédé le réaménagement de ma chambre, je me suis posé la question : est-ce qu'on ne va pas me voir, comme si j'étais en vitrine, si près de mes fenêtres ?
Insérez ici un moment de balistique façon épisode de Bones avec tableau à données phosphorescentes. Il y a si peu de lieux d'où on pourrait, finalement, me voir. Seules quelques fenêtres assez proches, en léger surplomb, en donneraient la possibilité. Encore faut-il que derrière ces quelques fenêtres un humain cherche à voir. Et encore, seulement si j'étais juste derrière la fenêtre, pas depuis mon lit. Et puis on n'est pas chez Modiano.
Alors j'ai décidé de m'en foutre. D'offrir mon sommeil, corps le plus souvent nu et encore plus souvent échappé de la couette, à l'improbabilité d'un regard.
Et si une envie monte, si je tends la main vers la boîte à jouets de grande ? Pareil. Au pire, personne ne me reconnaîtra dans la rue, personne ne saura voir le plaisir monter, le soupir, le mot, un son inarticulé ou un prénom[1] qui s'échappera de mes lèvres, même si j'ai négligé de fermer un volet ou de tirer un rideau – c'est-à-dire le plus souvent.
Le matin, les yeux-fenêtre s'allument peu à peu. Il y a celle, très pratique, trois étages en descendant depuis le coin de l'immeuble puis compter trois vers la gauche, qui s'allume et me permet de savoir, sans regarder l'heure, qu'il est plus de six heures du matin.
Note
[1] Oh tous ces humains depuis la nuit des temps, crédités d'un plaisir qu'ils n'ont pas activement donné !


« Les heures passent et leurs paupières se baissent à mesure que les lumières s'éteignent. » > c’est joliment dit. Cette image m’a accompagné pendant toute la lecture.
Et sinon, je suis aussi un adepte du vivrapoual chez soi, surtout quand le mercure grimpe, et j’ai toujours déclaré : « c’est à celui qui regarde chez autrui d’assumer ce qu’il risque de voir ». Et toc !
Orpheus absolument. Et, coup de bol, la seule fois où j'ai vu que quelqu'un pouvait me voir, c'était un mec qui fumait sur son balcon. Fort heureusement et vive 2026, il scrollait son tél comme si sa vie en dépendait.