Je me demande si, un jour, on s'habitue à l'idée que personne, nulle part, n'a envie de nous serrer fort contre lui - ou elle, enfin quelqu'un dont on a aussi envie qu'il ou elle le fasse. Y a-t-il un moment où on cesse de ressentir ce vertige, ce vide sous nos pieds quand nos idées se posent sur cette idée-là ?
Je comble mes gouffres, petits et grands, à coups d'achats d'objets qui me ressemblent, je crois. Enfin je me donne l'impression de (combler) (mais j'achète vraiment).
Nouveau sac, grand, porté à l'épaule, comme j'aime depuis toujours et OSEF le mal de dos ou d'épaule qui ne manquera pas de s'ensuivre. Nouveau stylo plume, trapu, à la beauté singulière, pas classique, mais qui tiendra bien dans ma (petite) main. Dès qu'il m'aura fait l'honneur d'arriver à la maison, car il était en rupture dans le magasin où j'ai tenté de l'acquérir. Ça fait un moment que je n'ai plus de stylos dans mon sac et ça manque, parfois et puis c'est con, j'aimais ça, autrefois.
Nouveau Moleskine à mettre avec le stylo dans le nouveau sac. Marre de confier les jolies notes - pas les mots de passe de wifis variés - à un téléphone sans âme. Et puis j'ai toujours aimé écrire à la main, j'avais une jolie écriture quand je le faisais plus souvent.
Je dépense un fric qui ferait mieux de rester dans mes maigres économies, au chaud, pour me gâter un peu, faire "à ma main" un univers d'objets, pas indispensables, si peu le sont vraiment, mais assortis à moi.
Encre bleu-noir, carnet à couverture souple. De préférence ligné, pour celui-ci ça sera loupé, pas dispo non plus dans le magasin, tant pis si ça penche, on s'en remettra.
J'aurais aimé qu'un homme dans ma vie sache que j'aime écrire au stylo plume, à l'encre bleu-noir, et que ça lui semble être une information suffisamment représentative de moi pour qu'il ne me laisse pas l'oublier. Tant pis, ce sont des trucs à moi ; je les retrouve avec joie.
C'est une drôle d'idée, je ressemble à la fille d'avant les histoires longues, les enfants, avec un peu plus de thunes qu'à l'époque, quand même, le cerveau et le vécu de maintenant. Pas le cul, les seins, le ventre, l'épaisseur de cheveux... bah. Je suis plus heureuse à retrouver mon petit chaos portable que mes mensurations d'antan, je crois.
Mais quand même.
Que personne n'ait envie de me dire : "serre-moi fort comme tu m'aimes", même en n'ayant aucune envie que n'importe qui me le dise, ça reste un caillou pas encore évacué de la chaussure, disons. Enfin il y a pire. Il y a l'idée que quelqu'un puisse en avoir envie et se taise.
(Attention à la vidéo, elle peut être un peu difficile)


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