Je relisais ça, récemment. J'en reparlais avec S., aussi.
On avait une discussion sur ce qui est déjà de l'infidélité et ce qui n'en est pas.
Ce qui serait acceptable pour un conjoint ou pas, dans les relations qu'on tisse avec d'autres personnes.
Pendant plusieurs années, je ne sais pas comment ça se formule, mais j'ai été totalement infidèle émotionnellement à mon compagnon.
Irréprochable dans les actes. Jamais au grand jamais un geste ne m'a échappé (bon, je ne sais pas si j'aurais résisté très vaillamment en cas de prise d'assaut).
Impeccable dans la parole.
De sorte qu'il m'était possible de dire sans mentir au père de Cro-Mi que non, je ne lui étais pas infidèle et ne le serai jamais. Que c'était une histoire d'amitié et c'est tout.
Je crois que j'étais coupée en deux de l'intérieur. L'officielle qui aurait juré, tête sur le billot, qu'elle était inattaquable.
Et celle qui savait de l'intérieur que c'était un peu plus compliqué que ça.
C'est difficile de se dire, avec le temps passé, mais je crois qu'au moment où ça a basculé de l'intérieur, j'aimais encore sincèrement le père de Cro-Mi. Malgré ce qui grinçait déjà. Et surtout : je n'avais pas imaginé pour ma vie autre chose que de la passer avec le père de mes enfants. C'était une construction inattaquable, la remettre en question revenait à me renvoyer du côté de ceux qui n'ont pas de place parmi l'humanité, qui ne méritaient pas l'amour et tout ce fatras dont j'ai mis tant de temps à émerger. Il se trouve qu'en plus, j'étais enceinte. Est-ce qu'on détruit alors qu'on est en pleine construction ?
C'était presque une question de vie ou de mort, pour moi, en tout cas un puissant pilier de soutien intérieur, ne pas "échouer" dans ma vie de famille[1]. D'ailleurs, quand j'ai fait une tentative de le quitter, quelques années plus tard, il m'a retenue d'un "ça n'est pas ce que tu veux pour notre enfant", et il avait raison.
Alors voilà. On s'est accrochés, l'un et l'autre, plusieurs années. Plutôt mal que bien, évidemment.
Et puis l'histoire s'est terminée.
Je me suis sentie coupable longtemps de lui avoir fait ça.
D'avoir construit cet univers intime avec un autre homme, même sans les lèvres, même sans le corps, même sans les mains, même sans les "je t'aime". Un monde d'échanges personnels, de confidences que je ne partageais pas avec mon "officiel", de pensées partagées, de complicité, de confiance que je donnais à l'un mais plus à l'autre.
D'ailleurs ça n'est pas compliqué, un jour mon ex a trouvé moyen d'accéder à mes emails et a pété un câble devant l'abondance, la tonalité, les références compréhensibles à deux, de notre correspondance.
Je pense qu'il s'est senti plus trompé que si j'avais couché avec Slip en Kevlar (pas faute d'avoir essayé par la suite).
Et je le comprends. Et j'aurais réagi de la même façon. Et même s'il m'a fait subir mille trahisons, même si on avait si peu en commun, même s'il ne fallait pas être très malin pour comprendre que notre histoire était vouée à l'échec, malgré notre réputation inoxydable de petit couple très amoureux à l'extérieur... je savais qu'il avait, au fond, raison.
Pour des raisons de multiples motifs de lui en vouloir aussi, j'ai décidé que ma culpabilité ne servait plus à rien.
Mais surtout, ce qui m'a fait réfléchir, ces derniers temps, c'était ça : qu'est-ce que je sais maintenant de moi qui aurait changé les choses à l'époque ?
La réponse n'était pas : l'infidélité du coeur existe même quand on présente toutes les apparences de l'innocence. Ça, je savais déjà.
Je pense qu'aujourd'hui, je sais que je ne pouvais faire de place à un autre, alors que je n'étais pas disponible, que parce que mon compagnon ne répondait pas à un besoin pour moi essentiel, dans un couple. Jamais je n'aurais regardé SeK autrement qu'en ami si je n'avais pas compris, inconsciemment, que la vie avec mon compagnon serait principalement faite de solitude intérieure. Et je crois que ça aurait été la même chose s'il n'y avait pas eu une immensité d'incompréhensions majeures.
On a d'ailleurs vécu longtemps sur cette complicité du quotidien, cette capacité à rire ensemble devant des riens. On aurait pu être très différents mais plus compatibles. Ça n'était pas le cas, dès lors qu'il refusait de laisser une place à qui j'étais vraiment et qu'au fond, c'est tout ce que j'ai toujours voulu.
Donc oui. Ma tête, ma raison, mon affection acquise, mon corps, mon envie de me rassurer sur ma vie et mon aptitude à la mener "comme les autres" étaient avec le père de Cro-Mi.
Et mon coeur battant, le centre de qui je suis, qui aspirait à autre chose, aimait un autre, dans un secret inavouable.
Il n'a pu s'installer dans cette place que parce qu'elle était libre, et même si l'histoire ne s'est jamais conclue, même s'il m'a fait un mal de chien, ça, c'est à mettre à mon compte et à celui de personne d'autre.
Et ça m'a sauvé la peau. (Avant de la recompliquer).

Et pourquoi je ferme les commentaires sous ce billet.
Note
[1] Je suis maintenant totalement décomplexée sur le sujet, autant ne pas s'ajouter de flagellation. Ou en tout cas beaucoup plus humble sur ce qu'on croit être notre vie et ce qu'elle est réellement, quand il s'agit du futur.

« Il n'a pu s'installer dans cette place que parce qu'elle était libre » > voilà ! C’est exactement ça. J’ai toujours pensé que les raisons d’une infidélité étaient toujours partagées au sein du couple.
Je crois aussi qu’il n’y a pas une définition universelle de la fidélité, que chaque couple définit la sienne, et qu’il n’y en a pas une meilleure qu’une autre.
Ah mais Orpheus ça n'est pas forcément un tort de l'autre. On évolue, nos besoins, nos aspirations aussi. Et on se réveille un beau matin sans avoir désaimé l'un(e) mais en se rendant compte qu'il y a une sorte de décalage. Encore faut-il avoir la clairvoyance de le voir.
Bref. Ça n'est pas forcément la conséquence d'une action (ou d'un manque d'action) de l'autre.
En hétérolandie je soupçonne qu'il y a une frontière assez genrée, entre ceux qui pensent que tant que tu n'as pas touché (ou couché) c'est ok et celles et ceux pour qui la présence d'une tierce personne dans les pensées intimes de l'autre, c'est déjà trop.
Moi je dis comme toi : c'est la règle du couple qui prévaut
À quel moment ai-je parlé de tort, dis-moi ?! Tort implique un jugement négatif qui n’était pas dans mon commentaire. J’ai juste dit qu’il y avait des raisons, des explications des deux côtés. Sans aucun jugement de valeur. Et en effet, parce que les attentes de chacun peuvent différer et évoluer avec le temps.
Orpheus dans "les raisons partagées" mais c'est du pinaillage 😂L'autre peut être exactement comme avant, du coup c'est une raison d'inertie, tu as raison !
Fight fight fight !!!! :D :D
Matoo > tkt, j’ai l’habitude de voir mes commentaires tordus en pinailleries. 🤣 Généralement, je ne dis rien, parce que ça permet à la dame des lieux de creuser davantage sa pensée… mais là, c’était un peu too much quand même 🤣
Naughty / Nice – MatooBlog
(…) Sacripanne a écrit un bel article qui donne du grain à moudre sur un sujet vieux comme le monde. L’infidélité et sa caractérisation selon qu’elle soit uniquement en pensée, en (…)
Bah écoutez les gars, je vais vous envoyer le mdp du blog comme ça vous pourrez mieux écrire ce que je pense et ne pas répondre aux commentaires comme une pinailleuse récurrente. Ça me fera du temps pour aller chialer ailleurs si j'y suis.
J'ai connu jadis quelqu'un d'assez peu recommandable quant à ses relations avec les femmes (paix à son âme), qui était capable en interview de reconnaître calmement que la séparation d'avec la mère de son premier fils avait eu lieu parce qu'il s'était éloigné d'elle peu à peu et que quelqu'un d'autre était venu l'en consoler. Je parie qu'à l'époque même, il s'arrangeait pour que tout le monde pense que c'était elle qui l'avait "trompé", d'où leur séparation, et que peut-être alors il le pensait vraiment.
C'est toujours triste.
(Et parfois on n'a le fin mot de l'histoire que tellement longtemps après, qu'il est totalement trop tard pour faire quoi que ce soit)
Gilda euh. Mais pourquoi faire, c'est leur histoire et ils ont probablement fait loin de micros ce qu'ils ont pu/voulu etc ? Bon, l'indélicatesse de raconter - mais après tout je fais pareil ici. (Et je ne vois pas bien le rapport non) plus.
@Tous
Bon.
On dirait qu'il y a incompréhension.
Il y avait une intention, même si c'est un grand mot, derrière ce billet.
Dire que parfois l'amour ne suffit pas. Ou plus. Même si on s'est battu, qu'on a fait les choix qui nous semblaient être les bons.
Que parfois on s'en rend compte comme ça, comme moi cette fois-là : on a un(e) passager(e) clandestin(e) dans le coeur, que ça nous a pris par surprise.
Même si, parfois, contrairement à mon histoire, l'autre n'a rien fait pour "mériter" ça.
Et qu'on a beau "sacrifier" cette promesse à l'engagement pris antérieurement, elle n'en reste pas moins entre nous comme une ombre dangereuse.
L'infidélité du coeur ou du corps était assez anecdotique, dans ma tête, elle illustrait le moment où j'ai compris que je ne serai plus jamais heureuse dans ce couple-là. Ça m'a pris quelques années de plus pour considérer que c'était vraiment un problème.
Dans une autre histoire c'était le dégoût à l'idée de rentrer chez moi, comme si mon appartement s'écroulait sur moi, comme si les murs se resserraient progressivement jusqu'à m'étouffer.
Dire aussi que dans ces moments de chute de repères, il y a un après. C'est terrifiant, mais pas mortel, la plupart du temp. Assez loin de là.
Vous avez le droit de comprendre ce que vous voulez. De penser, dire, commenter ce que vous voulez.
Sur ce coup-là ça me heurte parce ça me dit à quelle point j'exprime mal un truc qui a été douloureux à vivre, des années, douloureux à écrire. Et voir que tout le monde parle d'infidélité alors que je parlais de début de la fin d'une relation... je me sens seule dans ma tête, mes souvenirs, mes émotions. Pire que seule, chahutée.
Ça n'est pas votre faute, c'est moi.
Je ne dois pas assez bien l'écrire. Ou il faudrait que je fasse mieux semblant de penser "comme les autres", de dire "comme les autres", l'effort d'avoir un œil plus conforme.
Mais à vous lire je me sens très seule ; ça vient s'ajouter à un message lunaire reçu ce week-end, à l'issue duquel il semble que je ne vaille pas qu'on fasse l'effort de se comporter décemment avec moi.
Bref. Ça va être long sur la fin, ma vie.
Je ferme les commentaires, ça me touche bêtement trop, ces jours_ci.