J'ai beaucoup réécouté Joni Mitchell, ces derniers mois. Comme je comprends mieux les paroles que quand j'étais enfant, je note des bouts de texte que je ne comprenais pas avant, ou que j'avais oubliés depuis. Des chansons entendues des milliers de fois qui soudain prennent une nuance de plus, pour une note, un mot qui m'attrape au bon moment.
Dans A Case of You, Joni chante :
I remember that time you told me
You said, "Love is touching souls"
Surely, you touched mine
'Cause part of you pours out of me
In these lines from time to time
L'amour c'est toucher des âmes.
Alors, moi qui n'ai jamais pu définir l'amour comme "c'est l'amitié plus le sexe" (après tout il y a des histoires d'amour sans désir, ou avec désir mais sans sexe, du sexe sans amour et un million de variations possibles), je me dis : oui.
J'imagine mon âme, tissu fragile, immatériel. Plein d'accrocs laissés par certains, de réparations de fortune. De traces des mains de celles et ceux qui l'ont touchée. De déchirures irréparables, de transformations merveilleuses.
Les traces atténuées, quand l'amour n'a pas su changer, évoluer vers une autre forme.
Les changements de couleur, de densité, quand un bout de mon histoire s'est achevé pour faire place à une nouvelle, quand il a fallu apprendre à ne plus être exactement la même personne - tout en étant de plus en plus moi.
Je me demande si j'ai touché, vraiment, l'âme de quelqu'un d'autre.
Même en dehors des moments où l'amour devient le nom d'une unité sentimentale, économique et familiale.
De ces coups du destin dont on fait ce qu'on peut.
La mienne s'est lovée au creux d'une autre, une fois. À mon insu, en loucedé, sans autorisation préalable. Rien qui n'ait un contour répertorié.
C'est déjà ça.
(Peut-être que les âmes sont comme des nuages dont l'existence tangible change de forme toute la vie, et que c'est pour ça que personne ne sait à quoi elles ressemblent ?)
(Alors j'aurais pu même Both Sides Now. Allez. On met les deux.)


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