Dans ce rêve, il y avait des gens dehors, un dîner d’été à plein de convives, sans doute, une maison aux murs épais.

On s’installait, lui et moi, un peu à part, à l’intérieur, une pièce vaste au rez-de-chaussée, fraîche de murs en vieilles pierres, chacun enfoui dans l’un de ces fauteuils qui s’étendent, s’abaissent et se relèvent à volonté. Il y faisait sombre, la seule source de lumière était la pièce d’à côté, allumée.

Et on parlait. On se distinguait à peine, moi sur le côté, tournée vers lui, un oreiller entre la joue et le bras, lui allongé. On parlait beaucoup, longtemps, jusqu’à ce que les phrases s’espacent, peu à peu.

« On va s’endormir », me suis-je dit, amusée par l’idée qu’on n’est plus des ados et que le réveil serait peut-être placé sous le signe de la courbature ou du torticolis.

Entre nous un silence calme, intime, abandonné. Et puis, dans la pièce d’à côté, quelqu’un passe et éteint la lumière. La variation de luminosité nous sort de ce presque sommeil. Je ne le vois plus, mais je l’entends bouger.

Alors je me suis dépliée, aussi, en me disant que j’allais profiter de son regain d’énergie pour aller me coucher. À peine debout je l'ai senti contre moi. J'ai senti ses bras m’entourer, les miens autour de lui, aussi, j'ai senti sous ma joue, sous mes mains, la douce rugosité de son pull, sa chaleur.

Jackie down the line a retenti sur mon téléphone. Réveil, mes bras croisés sur le vide, texture fantôme encore sous mes doigts, toujours, depuis.

Nan Goldin m'a, depuis, rappelé le triste destin d'Écho, dont la voix continue à se faire entendre.

Combien de temps encore mes rêves vont-ils me narguer avec l'écho de ce qui n'existera pas pour moi ?

Sorry - Echoes