L'un de mes ex a, depuis plusieurs années, des difficultés à se faire payer par son employeur. Jamais à la "même" date, jamais le montant complet d'un coup. Je ne suis même pas sûre qu'il touche le montant intégral dû chaque mois.

Depuis que nos affaires courantes sont disjointes, ça m'ennuie pour lui, mais c'est son problème. En tout cas c'est ce que je croyais.

J'oublie régulièrement avec une forme d'optimisme béat que les emmerdes qu'on a avec un coparent nous tiennent compagnie un moment, même après séparation. Les rappels à la réalité sont toujours un peu violents, forcément.

Le mois dernier, la pension qu'il m'octroie pour financer le quotidien de son fils est arrivée très tardivement sur mon compte. Bon. Chiant, et puis il aurait pu prévenir, mais vieux motard que j'aimais et toutes ces sortes de choses.

Ce mois-ci, elle n'y est toujours pas, la moitié du mois passé.

Evidemment il ne m'a pas prévenue.

C'est moi qui ai dû lui signaler, il y a quelques jours, que j'avais remarqué, que j'imaginais être un dommage collatéral de la rigueur moral de son employeuse mais que hey. D'une part ça aurait bien venu de prévenir, de l'autre, notre fils ne se nourrit pas de grandes bolées d'air pur et de suçage de glaçons, comme celles et ceux qui l'ont eu à table le savent certainement.

Je suis dans une colère noire. Depuis trois ou quatre jour, quasi en continu.

Parce que ce que sa réponse a été "je vais me faire plus insistant". Connaissant sa terreur du conflit (s'il ne m'a pas prévenue, c'est parce qu'il est mort de trouille que je sois en colère. Après toutes ces années et le constat à chaque fois renouvelé que je suis ENCORE PLUS en colère comme ça ne l'a pas conduit à modifier son approche.)

Selon toute probabilité, l'inertie de sa boss sera plus lourde que son engagement parental vis-à-vis de son fils. Ce qui n'est hélas pas une surprise.

Sauf que le fils est très au courant des détails des affaires financières de son père. Trop, pourrait-on hasarder. IL ne manque donc pas une occasion de s'apitoyer sur son pauvre petit papa qui n'a pas d'argent et que c'est si dur de trouver du travail, ce qui, à mon sens, n'est pas son job de môme. Mais on n'est pas à un désaccord près sur la façon d'être parent, hein.

Or donc voilà.

Une employeuse qui n'assume pas ses responsabilités. Un ex pas au rendez-vous pour son fils. Pas la politesse minimum de me prévenir. Moi qui suis supposée trouver de l'argent magique. Et dois continuer à gérer ses insuffisances.

Croyez-moi, ça m'a coûté en énergie et en santé mentale pour me dire que ça n'était pas mon job d'affronter sa vie à sa place. L'idée de devoir subir encore me fracasse.

Par ailleurs, il semble que la situation se détériore. Donc il faut que j'anticipe le fait que, de plus en plus souvent, ce pognon, qui couvre par jour l'équivalent du prix d'un repas à la cantine, donc très loin même de la parité, sera en retard. Voire absent.

Il va falloir donc que je fasse en sorte de pouvoir gérer seule. Et comme mes enfants n'ont pas à subir mon inaptitude à leur choisir des géniteurs un peu compétents, c'est dans mon budget loisirs qu'il va falloir tailler en priorité. J'espère que les concerts des billets déjà achetés vaudront la peine, ils risquent bien d'être les derniers avant un moment.

Plus de livres d'art, moins de dépenses futiles, certes dispensables mais que me font du bien, plus rares, les cadeaux juste pour le plaisir à ceux que j'aime.

Je vois bien, que je ne suis pas dans la situation la plus précaire qui existe.

Mais franchement ça me fait chier. Je me suis battue pour me fabriquer une vie où, à défaut de partir loin en vacances, on vit un quotidien suffisament doux, voilà qu'il faut revenir au stade où l'on traque les euros d'un peu plus près.

Bon.

C'est ce qui est. Préparons-nous. Prévoyons, sabrons dans les abonnements les moins utiles, austérisons mes dépenses.

Et surtout, surtout : anticipons le moment où le môme va comprendre qu'il a été lâché.

Je suis : vénère.

Le bonus à gratos, je fais ce que je fais quand quelque chose ne va pas. Je me dis qu'il n'y a aucune raison de faire profiter les autres de ma colère, je m'enfonce dans mon terrier, je suis moins là. Personne n'a à subir ma colère contenue, me dis-je.

Fatalement, au bout de quelques jours je suis toujours autant en colère et triste en plus, parce que seule comme un clébard, que personne ne voit la différence, que je sois là où pas. Et oui, je sais, les gens ont leur vie, dont je ne suis qu'une annexe périphérique, ils vivent, ils ne peuvent pas deviner. Et moi je n'ai plus l'énergie de réclamer, ces jours-ci. Tout passe dans la gestion de la colère, ne pas arracher de tête, ne pas hurler, ne pas me cramer dedans, ne pas la laisser me bouffer.

Bon.

La vie est belle, qu'ils disent. Tant mieux pour eux.

Des gouttes de pluie sur ma fenêtre, sur fond de ciel sombre.