J'attends le message d'un homme.

Il est beau, drôle, gentil, grand, le cheveu bouclé, la barbe courte. Il a un côté bad boy (les tatouages qui dépassent de son col) qui tranche avec une éducation parfaite. Il est jeune, très, enfin dans le début de la trentaine.

Il pratique les relations tarifées : c'est mon nouvel opticien.

J'ai changé d'ophtalmo pour des raisons de retraite du précédent, la nouvelle est à quelques dizaines de mètres du bureau, on a fait connaissance jeudi. Ponctuelle, rigoureuse, rapide, tout va bien. Et comme je me rendais de son cabinet à la gare pour rentrer chez moi, l'ordonnance toute neuve sur moi, je trouve sur le chemin, trois opticiens en dix mètres de trottoir. Paris.

J'ai regardé les vitrines des trois, suis rentrée chez l'un, au physique (des montures), totalement.

Y ai été accueillie par ce grand type adorable.

On a passé un très bon moment, tous les deux.

J'ai choisi très très vite, au point de l'entendre s'exclamer "je n'ai jamais vu ça".

Avec un mini doute, quand même, c'est un peu plus fantaisiste que ce dont j'ai l'habitude. Mais hey, je porte des docs roses fuchsia, même pas peur. Au pire j'y retournerai pour les faire teindre en noir pour 30 balles de plus. Alors les doutes, on s'en fout, ce ne sont que des lunettes, elles m'ont plu, on ne va pas envoyer une fusée sur Mars, non plus.

Bon, si j'avais été moins con, j'aurais essayé tout le magasin, histoire de faire durer le plaisir.

Il m'a expliqué pourquoi les lunettes sont toujours sales ; c'est la faute de l'anti-reflet - comme me l'avait déjà dit Cunégonde - mais avec l'explication technique qui va bien, avec dessin à l'appui sur mon devis.

Il ne m'a pas poussé à l'achat. On a parlé d'optiques lunettes / appareils photos (je vais avoir des verres Nikon, la trahison[1]).

On a fait affaire. Il m'a proposé en riant de garder le devis gribouillé. J'ai accepté en riant.

"Elles vont très bien à vos yeux", m'a-t-il glissé alors qu'on était à la fin de nos paperasses et mesures. Je sais, il est payé pour me vendre des lunettes.

"Je trouve aussi."

Mais, maintenant qu'on en parle, peu d'hommes ont vanté mes yeux après la période légale de transformation de la drague en rapports sexuels réguliers, donc bon. Je prends. Après tout, la vente était déjà conclue. À quoi en suis-je réduite, hein ?

On s'est quittés en se congratulant du bon moment qu'on s'était fait passer mutuellement.

Maintenant j'attends son message, pour aller chercher mes nouvelles lunettes.

Cro-Mi me montre sur son téléphone des palmiers décorés de guirlandes lumineuses. Le résultat est délicieusement subversif.

Edit : de retour à la maison je ne résiste pas à vous partager son œuvre. Comme quoi cet homme est un artiste merveilleux, en plus de toutes les autres qualités mentionnées ci-dessus. Un artiste, mais pas un artistico-bon-à-rien, comme ceux Tante Pim nous a appris à nous méfier : si séduisants, mais peu utile face au froid et à la disette de l'hiver. Non. Un artiste ET un entrepreneur, capable de faire bouillir la marmite de sa famille.

Comprenez ma hâte.

Schéma réalisé par mon opticien pour illustrer l'effet du traitement antireflets sur les verres et explique l'amour de ces derniers pour l'accumulation de saleté.
Schéma réalisé (à main levée !!!) par mon merveilleux opticien pour illustrer l'effet du traitement antireflets sur les verres et explique l'amour de ces derniers pour l'accumulation de saleté. Que de talents pour un seul homme., mai 2026

Note

[1] C'est juste pour troller, que personne ne s'offusque !