Deux fois cette semaine on a commenté des résultats médicaux qui me concernent en insérant un comparatif. "Pour mon âge", mon cerveau va très bien et mes yeux aussi. Elle est étroite, cette fenêtre de la vie où on n'est pas sans arrêt comparés à notre tranche d'âge. Il ou elle est très en avance pour son âge pour les enfants, c'est de son âge pour les ados. Deux ou trois décennies plus tard, on sait qu'on est sur le déclin quand les médecins vous disent que votre presbytie n'est vraiment pas très importante pour notre âge. Et que cette comparaison nous suivra jusqu'à la fin.
Bref, j'ai vu des images de mon cerveau et ça m'a réjouie. Je le trouve chouette. Cro-Mi m'a dit qu'il était remarquablement symétrique. Dans ses circonvolutions se cachent les secrets de qui je suis, de comment je pense, il y a un truc un peu fou à en avoir des "photos".
Un "et si" en moins, quoi qu'il en soit.
Ce temps qui passe et ce cerveau me font passer en tête l'idée que j'aurais aimé en passer moins, du temps, à me convaincre que je n'avais qu'une seule façon possible de vivre ma vie plutôt qu'à chercher ce qui n'allait pas chez moi. Rien. Toutes ces années à chercher pourquoi moi comme ci et les autres comme ça, qu'est-ce qui cloche, chez moi (rien).
Et peut-être passer un peu moins de temps à me rassurer sur le fait qu'on pouvait m'aimer plutôt que les raisons pour lesquelles je pouvais l'être. Pas tout annuler, non, il m'en reste des enfants inregrettables (bien que chiants). Juste un peu moins.
Est-ce que ça aurait changé grand-chose ?
Peut-être pas. Peut-être tout. On ne saura jamais.
En attendant, je vis une vie qui me ressemble plus. Je suis allée voir quatre films ce week-end, sans personne pour renâcler ou avoir un avis sur le choix. Je vois des copains, rescapés parisiens, quand on peut, des expos, parfois les deux en même temps, des concerts. La moi d'il n'y a pas si longtemps doit soupirer de soulagement à l'idée que sa prison mentale s'est déverrouillée.
Mais quand même.
Avec la certitude d'avoir fait le seul choix possible pour moi, avec l'intense plaisir d'avoir remis de la liberté dans ma vie, d'être là où j'ai voulu être...
... cette pensée, parfois, que personne n'a envie que le creux de ses bras soit mon endroit préféré au monde.


La première fois qu’un doc m’a sorti un « pour votre âge… », il a vu à mon regard que sa vie était en danger…
Au moins, quand il n’y a qu’un choix possible, on risque pas de faire le mauvais choix… duh !
Et surtout, c’est cool, que tout aille bien dans la boite crânienne… on arrosera ça…
Orpheus tant que c'est : meilleur état qu'attendu à votre âge, je peux vivre avec ! Oui, on trinque tout bientôt !
Bien contente pour toi pour le "et si" en moins.
En te lisant je prends conscience d'à quel point la thalassémie au bout du compte m'aura protégée : à chaque fois que je pouvais me demander "pourquoi moi comme ci et les autres comme ça", La réponse à qu'est-ce qui cloche, chez moi était : ben cette anémie perpétuelle, et ce qui est différent chez les autres c'est qu'ils ne sont fatigués que passagèrement (lors d'une maladie ou après avoir fait des choses fatigantes) et que donc forcément on ne voyait pas la vie eux et moi de la même façon. Sans ça, j'aurais probablement fait comme toi et mis encore plus longtemps à piger que ce qui clochait chez moi c'était : rien. Merci pour m'avoir permis de piger un truc.
Ah ben je t'en prie, Gilda. Et du courage par chez vous
Les "à votre âge"… "pour votre âge", je l'entends de plus en plus, ça ne va pas en s'arrangeant. Les dernières consultations que j'ai eu avec le corps médical, toutes catégories confondues, même si c'était pour me dire des choses plutôt positives, j'y ai eu droit à chaque fois. Bon, je crois qu'il faut que je m'y fasse…
Et pour le reste, je ne m'imagine même pas dire un jour à mon propos "qu'est-ce qui cloche, chez moi ? Rien". C'est juste de l'ordre de l'impossible. Parce que ce serait faux. Mais je t'envie un peu de pouvoir le faire. D'un autre côté, en me demandant ce qui cloche, ça me permet peut-être de m'améliorer ou d'avancer, ce n'est pas complètement négatif non plus. Je trouve que je me bonifie plutôt en vieillissant justement sur certains points, j'apprends à mieux être au monde et j'aime bien essayer d'être une meilleure personne. Le tout c'est de pas s'en faire des barrières, parce que chez d'autres aussi il y a des trucs qui clochent. Mais ça, c'est pour la prochaine étape ! (j'suis pas rendue). ;-)
Véro je ne sais pas si c'est moi qui me suis exprimée peu clairement ou si je ne comprends pas bien ton commentaire, je pense que c'est à peu près l'équivalent de ton "se bonifier", le fait que je ne me pose plus cette question de ce qui cloche. Parce que : rien, justement. Enfin tant mieux pour toi sur tu ne te l'es jamais posée, en effet.
C'est moi qui ne suis pas claire peut-être. Je me la pose sans arrêt cette question, au contraire ! Et je n'arrêterai jamais de me la poser je pense. Et comme ma réponse à moi n'est pas "rien", mais que je trouve plein de trucs qui clochent, j'essaie de changer, ce qui cloche à mes yeux et ce que je pense qui cloche aux yeux des autres, sans pour autant me renier.
C'est un exercice d'équilibriste certes, mais c'est ma façon de façon de fonctionner pour tout. C'est compliqué, je ne vais pas te faire un roman chez toi. Peut-être un billet un jour, qui sait ? :-)
C'est super tout ça ! Faut fêter le truc ! T as vu quoi comme films ?