Comme une lettre au Père Noël, en qui je ne crois plus depuis si longtemps, comme une envie impossible à assouvir, je sème des mots. Des « Et si » suivis de points de suspension faits de rêves et de nuages.
L'une des choses qui me manquent, avec un qui compte fort, c'est du temps long, ou du temps lent, ou les deux à la fois, je ne sais pas bien comment le dire exactement.
Des heures pendant lesquelles il y a de la place pour la frénésie de la discussion, pour les rires et les choses graves, mais aussi pour le calme.
La possibilité rare de contempler côte à côte, en silence, l'eau qui coule, un chien qui joue, un nuage qui passe, assis dans l'herbe ou en marchant à pas lents, que sais-je ?
C'est si rare, le confort d'être silencieux ensemble, comme si les pensées ne s'emmêlaient plus dans les paroles échangées, mais aussi dans l'air qui nous enveloppe, bulle apaisée, pas de hâte, il nous reste encore du temps, on parlera encore, plus tard, tout est bien.
Silencieux ou peu bavards, d'ailleurs. Pas de règles.
Juste dans un espace, où la possibilité d'être bien ensemble laisserait la place à plus d'une façon de ressentir la présence, le bien-être.
Lever le nez, se montrer du doigt une fleur ou un rocher, se croiser du regard, sourire parfois. Ne pas compter, ni l'espace, ni le temps, ne rien mesurer que la simplicité d'une douceur. Mais la ressentir pleinement.
Écouter de la musique. Échanger une vibration sur un passage qui fait réagir le cœur, le corps, qui ravit l'oreille. Exulter de ce plaisir particulier.
Cuisiner ensemble, entre rires, gourmandises et concentration.
La vie va si vite et le temps long est un immense privilège si peu connu.
Ce matin, je mâchouillais une tartine en regardant, depuis la fenêtre de ma cuisine, le soleil passer au-dessus de l'horizon. Je me disais que ça serait si simple, d'être accoudés à une fenêtre ouverte dans un petit matin froid, à regarder le soleil rouge nous saluer.
Et pourtant, si compliqué.

