Je crois que je ne me sens nulle part complètement chez moi. Chez moi, bien sûr, j'aime bien mon appartement malgré quelques énormes défauts, et puis c'est notre tanière, aux enfants et moi. Mais je vis si peu dans ma ville... le Leclerc d'en bas, la pharmacie, les établissements scolaires. La mairie de quartier de loin en loin. Je ne vais jamais au centre parce que c'est casse-pied de s'y rendre et qu'on n'y trouve pas tant qui mérite le déplacement. Presque aussi vite fait de continuer avec le train et d'arriver à Saint-Lazare. On a un ciné mais à le choix de films y est limité, l'accès peu pratique. Je trouve la programmation culturelle, de façon injuste sans doute, peu à mon goût. Bref, ma ville n'est pas chez moi et si mon quartier m'est familier, je n'y ai que faire.
Sans doute un peu plus chez mes parents où l'enfant-moi se rappelle ses étés d'autrefois, mais maintenant que la maison est devenue leur lieu de vie, ça n'est plus pareil. La plage, oui, sans doute, un peu aussi. Dans quelques coins de France où j'ai passé du temps. Là où sont des gens que j'aime. Je ne sais pas si ça me reviendra un jour, cette sensation d'enfance d'être en un endroit complètement chez moi.
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C'est peut-être pour ça que j'ai développé cette passion étrange. Il m'arrive de me plonger pour quelques minutes ou quelques heures dans des sites d'annonces immobilières, rêver ma vie dans la maison que d'autres quittent. J'ai appris récemment qu'au moins une autre personne se livrait à ces rêveries, je me sens moins seule depuis. J'ai beaucoup visité les maisons et appartements marseillais, il y a quelques années, ou ceux de villes que je venais de voir et où je m'étais sentie bien. Le plus souvent, dans mes quartiers parisiens préférés. Ça ne coûte rien de rêver habiter quelque part entre Sentier, Marais, Hôtel de Ville... avoir la fontaine Stravinsky à quelques minutes de marche, voilà un objectif de vie.
À la suite d'une bribe de conversation l'autre jour, j'ai constaté à nouveau que même en élargissant le périmètre de mes explorations, j'étais toujours à cinq, six, sept, huit cent mille euros de ce qu'il me faudrait pour avoir un équivalent de chez moi dans Paris. Souvent, j'invoque la place pour mes livres, j'en ai surtout besoin pour mes enfants, qui ne vont pas manquer de me réclamer une chambre chacun, les affreux.
À l'âge où les adultes commencent à rêver de s'éloigner du bruit et de la fureur des grandes villes, j'ai, moi, de plus en plus envie de foncer dedans. Rentrer du ciné à pied, revenir de concerts du côté de La Villette sans que le trajet dure autant que le moment sur scène, autant de frustrations qui resteront ; aucun banquier ne serait prêt à miser sur ma fortune pour me prêter l'argent manquant. (Oui, j'ai pensé à la location. Je reste convaincue qu'il est pratique d'avoir encore un peu de sous après avoir payé le loyer.)
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La nuit de vendredi à samedi, j'ai fait un rêve étrange. Je ne me souviens pas souvent de mes songes, le plus souvent c'est quand je les habite avec une telle force que la réalité du réveil ne suffit pas à dissiper ce qu'ils m'ont fait.
Quelqu'un, invisible à mes yeux mais qui était là, avec moi, me faisait visiter une maison. Enfin, me la faisait traverser au pas de course, pressé de me montrer la surprise, la cerise sur le gâteau, comme un enfant pressé d'offrir son cadeau, rieur, intense, un peu inquiet. J'avais à peine le temps de remarquer qu'étrangement, c'étaient mes meubles, en partie du moins, qui étaient là, comme prêts à m'accueillir.
La surprise, donc. Il y avait un très grand jardin, un peu sauvage, une allée, au bout de laquelle on trouvait une sorte de cabane géante. Luxueuse, la cabane, vitrée sur trois côtés, une pièce immense, pleine de plantes qui semblaient bavarder avec celles du jardin. Dans un angle, proches, mais pas collés, mon bureau, et un autre, je levais les sourcils à voir mon fauteuil, mon casque, comme si j'allais me mettre au travail. Au fond, un mur de livres, en partie les miens. Une troisième zone avec un immense canapé, des fauteuils comme je les aime, dans lesquels on peut s'asseoir en tailleur, ou de travers, jambes passées par dessus un accoudoir. De quoi regarder des films, écouter de la musique. Des étagères basses pleines à craquer de bouquins au pied des baies vitrées, avec des endroits où s'asseoir par dessus, collés aux vitres, pour lire, rêvasser. D'autres à mi hauteur pour séparer les zones.
J'étais émerveillée par cet endroit[1], et j'ai dit "Mais je ne vais plus jamais quitter cet endroit". Et lui riait en répondant "j'y compte bien".
Je ne sais pas si je dois remercier ma fabrique à songes d'avoir inventé pour moi ce moment de pure joie, intense, pleine. Ou la maudire de m'avoir nourrie d'envies impossibles - déjà, un mec qui me met un toit sur la tête et s'arrange pour que ça me ressemble autant... Maintenant je me sens vide de cette cabane et de ce fragment de bonheur qui n'existent pas pour moi.

Note
[1] et non je n'ai pas vérifié s'il y a avait des toilettes, les rêves manquent singulièrement de pragmatisme

Le première fois que je me suis sentie chez moi c'est quand j'ai emménagé dans le vieux Nice. La deuxième fois, c'est ici en Bretagne. Je crois qu'il me faut le mer à moins de 100 m ;-). Curieusement à Montréal aussi, j'ai eu une curieuse impression que j'étais déjà venue alors que non jamais. Je suis de celles qui pensent que Paris n'est supportable que si on vit intra-muros.
Ton rêve me rapelle un que j'avais fait d'une maison. Elle était criculaire. Au centre un patio jardin , rond donc, autour, la maison, dont les murs donnant sur le patio était un aquarium géant ( la mer à domicile quoi), je passais de pièce en pièce, chacune ayant son décor propre, la bibliothèque bureau à l'anglaise, le jardin d'hiver et ses meubles en rotins, ect. Les rêves n'ont rien de pragmatique mais alors en imagination quel kiff ! Je comprends bien la petite sensation de manque au réveil.
« À l'âge où les adultes commencent à rêver de s'éloigner du bruit et de la fureur des grandes villes, j'ai, moi, de plus en plus envie de foncer dedans. » > Tu nous donnes l’adresse de ta fontaine de Jouvence, steuplait !
Sinon, la Cabane-Serre dans la jardin… On avait vu ça dans une maison qu’on avait visitée en banlieue Toulousaine. Pas super chère en plus ! Avec dans le jardin une véritable Orangerie aux baies vitrées qui donnaient sur la piscine. Je me voyais déjà annexer le lieu… Y avait juste un gros défaut rédhibitoire : une autoroute bruyante de l’autre côté du jardin… J’avoue que la question de se crever les tympans a été envisagée une seconde…
Cette plage est divine. Je me sens bien dans ma nouvelle ville, plus populaire et moins froide que l'ancienne. J'en aime la médiathèque, le lidl, la boulangerie du quartier nouveau. La simplicité des rapports humains. Le melting pot. Je n'ai plus froid dans la maison, ça change. Tout fonctionne. Seule manque l'Océan A. ou la Méditerranée. On verra ça plus tard, peut-être.
Alana la mer à domicile, chouette, mais à quelle température ?!
Orpheus ça n'est pas une potion de jouvence, c'est un dispositif de survie. Il semble que ma vie ne me réussisse, à deux enfants près, que quand je l'oublie pour entrer dans la création des autres.
Catherine je m'en réjouis pour toi. Profite.
Même si l'effet de déception de Ça n'est pas vrai, est rude, quel beau rêve !
On se faisait aussi la réflexion récemment, que finalement nous vivons assez peu dans notre ville, en plus que les enfants n'en sont plus donc le lien via leur scolarité a disparu. Il nous reste ceux du sport et de la fréquentation des restaurants (merci les cartes restaurants). Mais globalement, nous sommes surtout chez nous et dans "notre" ville, pour la logistique familiale et dormir.
Au fond la ville que "j'habite" le plus, c'est Paris.
Sinon comme Alana j'ai eu une forte impression de "retour chez moi" quand je suis allée dans les Ardennes belges pour la première fois. Et c'est d'autant plus curieux que mes accointances belges ne sont pas de là, ni n'y habitent. Je ne comprends pas mais m'efforce d'y retourner un week-end par an.
En tout cas c'est sûr ton billet fait écho.