Comme on est dans une période de la gênance, sur ce blog [1], je vais très logiquement parler de cul [2].

Qui plus est, je compte vous raconter l'inracontable : un truc loupé, une humiliation cuisante, une vexation qui me hante encore[3].

J'étais avec ce mec depuis quelques semaines ou mois, on était dans un TGV pour aller rendre visite à mon père qui se remettait d'un infarctus.

Et, miracle qui n'existe plus de nos jours, nous voici seuls à l'étage haut de la voiture que nous occupons. Tous les deux dans un carré à quatre, pas un seul autre passager avec nous. Le train part, et à part le possible passage des contrôleurs (qu'on entend généralement arriver) pas d'arrêt avant trois heures.

On en profite donc pour se conduire comme de jeunes amoureux.

Une chose en entraînant une autre, me voilà, comme une fille pas sage que je suis, à profiter de notre solitude pour glisser la main dans son pantalon[4].

Encouragée par la réaction enthousiaste de la partie de son anatomie qui se trouvait à l'intérieur de son caleçon (pas le cul, l'autre), j'exerce une reptation, me planque sous mon blouson en jean et commence, comme le font les filles de moins en moins sages, à faire jonction entre ma bouche et cette partie.

Il est temps de faire une parenthèse importante et de préciser que nous n'avions probablement pas fait nos apprentissages de la même façon. Vous l'aurez sans doute intuité, j'étais beaucoup plus délurée que lui. Bref.

Au début c'était excitant et chaud (notamment en rapport à mon blouson par dessus moi mais pas seulement). Mon enthousiasme et celui de sa bite semblaient se compléter joyeusement. Et puis c'est devenu... chiant. Est-ce qu'il s'emmerde ? Est-ce que je m'y prends d'une façon qu'il n'aime pas ? Mais du coup, ne pourrait-il pas me communiquer, de la voix, de la main, que sais-je, QUELQUE CHOSE[5]? D'aucuns porteront que j'aurais pu poser des questions, mais les bonnes manières sont ancrées en moi : on ne parle pas la bouche pleine.

Aucune baisse d'enthousiasme du côté de mon interlocuteur principal, aucun signe non plus d'une avancée vers quoi que ce soit. Au bout d'un temps que j'ai trouvé infini, j'ai renoncé, à la fois à l'amener à une forme de... soulagement, dirons-nous, mais aussi à trouver de son côté quelque indication.

À la vérité, soit j'étais vraiment très nulle et les précédents m'avaient menti stoïquement. Ce que je n'exclus pas. Soit il avait face à la sexualité la mentalité d'un ado pas dégourdi, et la panique venait, de façon totalement contre-productive, contrecarrer son excitation. Ça n'est pas que pour réparer mon ego blessé, mais j'ai acquis au fil des années la certitude que, si je lui avais dit "Attache-moi, bande moi les yeux et fais-moi tout ce qui te passe par la tête" il aurait réagi soit en allant s'enfermer paniqué dans les toilettes, soit en faisant exactement la même chose que d'habitude (ce qui nous aurait occupés quelques minutes, ça laisse du temps pour la série à la télé, pratique, non ?)

Bref, visiblement, et même si une forme d'efficacité s'était établie dans nos rapports (au moins ceux-là), on n'avait pas lu de la même façon le même mémo selon lequel le sexe, ça peut être aussi rigolo, Et expérimental. Et une forme de (attention gros mot) communication[6].

Un kiosque de presse parisien avec l'affiche de la une de Grazia qui comporte, notamment, le titre "Vrai/faux" Faut-il (vraiment) dire la vérité ?"
Croyez-le ou non mais j'ai pris cette une avec le "Vrai/faux" Faut-il (vraiment) dire la vérité ?" exprès pour ce billet. Oui j'ai un humour douteux., mars 2026

(Hors de question de faire une version audio de ce billet, impossible de vous le raconter sans être bourrée ET morte de rire.)

Notes

[1] Et j'écris gênance à dessein, pour augmenter la gêne générale !

[2] Ça gêne presque tout le monde, c'est très drôle.

[3] Enfin pas trop, mais on s'en fout.

[4] Je vous entends vous exclamer d'un han scandalisé, vous savez ?

[5] L'expérience montrera par la suite que communiquer n'était vraiment pas son point fort, alors pour parler de ce que nous étions en train de faire ? Impossible.

[6] Et là j'imagine mes potes mecs d'années étudiantes se parler entre eux dans un mélange étonnant de plusieurs langues (au sens : langage) : "Oh mais le con, mais le gâchis" / "Oui, mais ça se trouve, elle s'y prenait comme un manche"/ "Ben en attendant, ta meuf, elle te fait des cochonneries dans le TGV ?" "Toutes les semaines !" "Hein ? Putain la vie c'est trop injuste". Et ça me fait rigoler.