Je croyais avoir répondu clairement, plusieurs fois, individuellement. Visiblement ça ne suffit pas.

Alors voilà.

Avis à la population.

Ici, encore plus que sur mon autre blog, j’écris pour me raconter mes chagrins, mes douleurs (mes joies, aussi). Les comprendre, les digérer. Déposer ce qui m’empêcherait de fonctionner correctement.

Et ça fonctionne pas mal puisque je vis, je gère le boulot, j’élève seule deux enfants, je sors, je vois deux films par semaine, je mange et bois des pots avec des gens, visite des expos, vais voir des concerts.

Et dans toutes les choses que je vis, il se trouve que j'ai rencontré quelqu'un. Qui me fait du bien. Avec qui on partage plein de choses qui ne vous regardent pas et que je n’ai pas l’intention de détailler. Certes, il a le mauvais goût de ne pas m'aimer de la même façon que moi je l'aime. Mais on a décidé l'un et l'autre de naviguer dans tout ça.

Et il est arrivé quelques fois dont une en particulier qu’il me blesse, mais l’essentiel de ce qui est douloureux pour moi dans cette histoire-là, c’est mon inépuisable capacité à me poser des questions qui l’occasionne. J’ai un gros cerveau. Plein de questions. Il ne sait pas s’arrêter. Je ne suis pas débile au point de rester en relation avec quelqu’un qui me ferait essentiellement du mal et une fois de temps en temps m’arracherait un sourire.

Et, spoiler alert : il faudrait qu'il soit sacrément masochiste pour s'infliger moi, dans tous mes états successifs, pendant un laps de temps qui dure un peu, quand même, si je n'étais vraiment personne pour lui.

Et ça n’est pas parce que parfois j’écris ce qui me questionne, me pique, m'inquiète, me frustre, que c’est de sa faute ou que je suis au bord du suicide.

Et vous, qui me lisez ?

Vous avez un avis. Sur quelqu'un que vous n'avez jamais vu. Dont vous ne connaissez ni le son de la voix, ni la taille, ni la couleur des cheveux.

Mais vous, vous avez un avis, ok, vous avez le droit.

Vous m'en faites part. Bon.

Une fois, OK. Deux. Dix. Quinze pour certains.

Je vous le dis tout net : il n'y a que deux personnes à avoir un avis éclairé sur la question. Lui et moi. Point. Et ça n'est pas parce que c'est publié sur internet que ça change quoi que ce soit à cette règle de base.

Au nom de notre amitié, ou du bien que vous me souhaitez, vous vous permettez de me mettre des coups d'une violence inouïe dans la tronche parce que vous avez décidé que ça n'était pas bon pour moi, cette histoire. Il ne vous vient même pas à l’idée que je vis ce que je veux, avec qui je veux. Que je n'ai jamais demandé des avis. Pas un seul "qu'en pensez-vous ?" Si j’avais envie d’avis, je les demanderais, figurez-vous, et certainement pas ici. Ici je défoule, je pose des mots. Pour moi.

Je suis restée aussi polie que j'ai pu, mais j’en ai marre.

Petite rétrospective.

2015 : je me rends compte que le père de mon deuxième fils est capable de mentir, quitte à retarder une prise en charge médicale potentiellement cruciale de notre enfant, plutôt que de s'admettre faillible (big time). C'est un coup majeur - j'ai la faiblesse de penser qu'un couple repose sur la fiabilité, la confiance. Parallèlement il bosse de moins en moins et je dois gérer, en plus de trois enfants dont un tout petit et un très atypique, sa déprime constante et son manque d'envie générale d'aller mieux.

2016-2018 : début d'adolescence de mon beau-fils, j'en prends plein la gueule à la santé de ses parents totalement absents. Lomalarchovitch démarre l'école et ça devient un combat quotidien : il n'a aucune idée de ce qu'on attend de lui et n'est pas hyper ouvert à la contrainte. Son père : absent. Comme j'ai de la bande passante pour toujours plus d'emmerdes, je perds un ami très cher, en l'espace d'un an. Cancer du cerveau. 2019 : Cro-Mi nous annonce qu'il est un garçon. Un an à chercher à comprendre ce que ça veut dire. Son père réagit ultra mal. Je cours avec lui les psys, j'interface avec le reste du monde, j'essaie d'être là le moins mal possible (et c'était mal quand même). Le même môme entame une relation avec une meuf trans (mais dotée de tout son matos d'origine en état de fonctionnement) de 17 ans. Il en a 13. J'ai donc des problèmes de mère d'enfant trans ET des problèmes de mère d'ado cis, la vie est d'une simplicité biblique.

2020 : premier confinement. Je bosse 15 heures par jour, me lève au milieu de la nuit pour faire des trucs que j'ai oubliés la journée. Pendant ce temps mon compagnon attend les ordres pour s'occuper de la maison, des enfants. Son aîné est confiné avec sa mère, pas de son, pas d'image. On ne sait pas comment ça se passe pour lui. Fin du premier confinement : il faut que je lutte pour remettre les pieds dehors (tout le monde s'en fout). Et on découvre peu après que le môme a complètement décroché, qu'il croisait sa mère de loin en loin, qu'ils étaient chacun dans leur chambre et qu'il a occupé son temps à jouer aux jeux vidéo, nuit, jour, les deux. Il finit par nous dire qu'il lui semble mieux d'habiter avec nous, que quand même ça l'aide d'avoir un cadre. Réponse de sa mère "j'ai autant de droits sur lui que vous". Moi qui croyais surtout avoir des devoirs vis-à-vis des enfants que j'élève... Puis elle entame un déménagement au fin fond du trou du cul de la France. Le môme choisit de rester, quand elle finit par se translater, il est à 7 ou 8 heures minimum de trains divers d'elle : pas de week-end sur deux qui tienne, tant pis pour lui.

2021 : c'est toujours l'enfer à l'école avec Lomalarchovitch. Ca le restera jusqu'à cette année. C'est l'année du brevet pour les grands, formalité pour l'un, obtenu dans la douleur pour l'autre. Il faut être derrière son cul en permanence mais son père travaille à sa reconversion. Alors je m'y colle.

2022 : Je passe mon temps à culpabiliser sur le fait que Cro-Mi passe en permanence derrière Lomalarchovitch l'indomptable qui passe lui-même derrière son aîné, qu'il faut batailler pour maintenir en état de fonctionnement scolaire (mais aussi global : le môme a 15 ans et semble déjà nettement dépressif. Au printemps une alerte : une mastite dont ma mère n'arrive pas à se débarrasser, mais la ponction ne montre rien. Eté, le tremblement de terre, la ponction était foireuse. Il y a un cancer, un sale con, agressif, pronostic pas terrible. Et oh wait, il y en a deux. C'est une drôle d'épidémie, c'est aussi le cas de mon amie Alana. Je n'arrive même pas à trouver les mots pour dire à quel point la merde est intégrale. Plus d'espace pour rien et une fois de plus, il faut gérer les enfants, le mec qui s'effondre à l'idée que je pourrais m'effondrer, comme un môme qu'on abandonne sur une station d'autoroute. Noël 2022, je vois ma mère. Le cancer le plus dangereux a bien réagi à la chimio, mais la radiothérapie pour le plus gérable lui cause des effets secondaires épouvantables. Je repars en me disant que je l'ai peut-être vue pour la dernière fois. Je ne peux plus rien gérer, j'essaie de me séparer de mon compagnon, je comprends vite que je n'ai pas la bande passante pour assumer la logistique des mots que j'ai prononcés. Alors ça va durer encore un peu.

2023 : la radiothérapie dure longtemps, la qualité de vie de ma mère est épouvantable. Elle finit par en voir le bout. Semblant de détente. Jusqu'à l'entrée en terminale des enfants, avertissement travail au premier trimestre pour l'un, félicitations pour l'autre, devinez qui pour quoi. Moukmouk meurt. Je suis dévastée. Mon mec fait semblant de dormir pour ne pas avoir à faire quelque chose. C'est la fin, quelques jours après je le quitte, pour de vrai, cette fois. J'encaisse très mal le décès de Bernard, pourtant inéluctable. L'ex squatte le canapé sans aucune intention de chercher un appartement. Ma mère fait un zona, elle a, au téléphone, une élocution étrange. On craint une sorte d'AVC, mes parents luttent pour trouver des rendez-vous en urgence, ils finissent par en avoir un, l'après-midi même ils sont de retour à Marseille où les cancers de ma mère sont traités. Tumeur au cerveau.

2024 : Je pars à Marseille en pensant voir ma mère "telle qu'en elle-même" ou à peu près pour la dernière fois. Et puis petit miracle, on nous explique qu'avec leur machine de l'espace, quelques séances et on espère bien que ça sera un mauvais souvenir. Sous l'effet de la cortisone qui résorbe l'œdème au cerveau causé par la tumeur et l'inflammation, je retrouve ma mère, en l'espace de quelques heures. Miracle, miracle, miracle, encore en cours aujourd'hui. L'ex continue à squatter. Il ne se sent même plus obligé de montrer quelque solidarité que ce soit face à moi, au moins, ça a le mérite de faire taire les moindres doutes. C'est l'enfer de rentrer chaque jour dans une zone si hostile (alors que : l'appartement m'appartient, lol). Je sors, souvent, pour ne pas avoir à rentrer. Le quotidien est un enfer. Il finit par se casser mi-juin. Je me dis que ça va aller enfin mieux. En même temps, Lomalarchovitch a découvert les joies du harcèlement scolaire. Il passe une année épouvantable. Je me débats pour l'aider. En même temps Cro-Mi bosse comme un dingue en première année de médecine, je fais ce que je peux pour soutenir mais je vis avec un monstre en SPM permanent, prêt à exploser à tout instant.

2025 : Personne n'est malade. Je paye l'après-coup. Je suis épuisée, en vigilance constante. Je galère avec ma thyroïde pendant 18 mois, pour arriver à équilibrer sans que ça change profondément. J'ai mal partout dans mon corps, une tendinite qui ne guérit pas, un genou qui grince douloureusement, des douleurs qui vont et qui viennent. Le boulot aussi, pendant toute cette période, est une source de problèmes plus ou moins récurrents. Une période un peu douce, de temps en temps, et puis des emmerdes le reste du temps. Là, pendant que le reste est relativement plus serein, ça se déchaîne sous le rooftop.

Alors voilà, c'est ça, ma vie, ces dix dernières années. Si on les met bout à bout, quelques jours de légèreté qui forment quoi ? Peut-être un mois ou deux de répit au milieu d'une décennie de batailles constantes.

Est-ce que l’un d’entre vous se serait permis de dire que je ne faisais pas comme il fallait ? M’aurait enjoint de quitter au plus tôt ce mec ? M’aurait conseillé d’ignorer le môme vis-à-vis duquel je n’avais pas de responsabilités officielles ?

Non.

Et ben c’est pareil. Mes sentiments ne sont pas votre terrain de jeu. Ni des rappels de vos histoires passées.

Comme vous pouvez le constater, j'ai géré, bien, mal, mais géré, un considérable paquet de merde à peu près toute seule. Mais là, tout d'un coup, je serais inconséquente et incapable de prendre soin de moi ?

Et je vais vous dire un truc de plus.

J'ai parlé ici de la mammo. Et j'ai parlé, plus tard, ici, de ce qu'on y avait vu.

Il y a une seule personne qui était là pour moi, le jour J (et environ à l'heure H, ce qui était assez balaise). Une seule personne pour accueillir le "mais" qui met en alerte.

(Et une autre quelques heures plus tard. La même qui a été absolument la seule avec mon fils aîné à me demander si je voulais qu’elle vienne avec moi pour l’IRM cérébrale que je dois passer dans quelques semaines.)

Donc quand je vous dis que j'ai une boule dans le sein, mais que c'est probablement bénin, mais qu'il faut vérifier quand même : vous me croyez ? Là j'ai une vraie compétence à prendre soin de moi ? Ou vous n'avez juste pas lu, préférant les billets où ça parle de choses plus croustillantes ? Ou vous avez lu sans voir ? En passant à côté ? Parce que ce qui intéresse c'est quand même comment un mec va causer la fin de ma vie et me contraindre à me jeter du 9e étage là où une décennie de galères n'a pas encore réussi ?

Je ne réclame pas, hein. On a tous d'autres choses à faire de nos vies.

Mais pour moi, l'amitié, ça n'est pas de faire violence à l'autre pour le convaincre de ce qu'on pense meilleur pour lui. Et vos coups dans la gueule, qu'ils s'appellent tough love ou absence totale d'attention à ce que je vous dis, ça n'a qu'un effet : me fermer à vous. Jamais je ne me permettrais de vous dire, sans que vous l'ayez demandé, plusieurs fois, sans le moindre doute possible, tout ce qui dans votre vie me rendrait dingue, malheureuse, me tuerait à petit feu.

Or donc les commentaires de certains billets seront fermés par défaut, parce que j'en ai marre de passer tout ce temps à réparer les douleurs causées par l’insistance de mes amis à me faire comprendre ce qu’ils sont seuls à comprendre sur la façon de gérer ma vie. Au lieu de bêtement me faire confiance. Merde.