Il y a quelques semaines, j'avais été intriguée par un article, lu dans Libé, je crois. Impossible de savoir ce que j'en pensais (il ne s'agissait pas de comment comprendre et régler les conflits dans le monde). La dernière fois que ça m'est arrivé, il s'agissait de GPA. J'ai passé de longs mois à me dire qu'il n'y avait rien au-dessus de la liberté des femmes à disposer de leur corps à leur convenance. Mais quand même, oui, il était essentiel de protéger les dites femmes, surtout celles en situation de besoin urgent d'argent, d'une forme d'esclavagisme reproductif. Il y avait surtout les gens avec qui je ne voulais pas être d'accord, et ceux avec lesquels c'était moins insupportable, pour faire pencher la balance. (J'ai fini par trancher sans trancher ; il est quelques occasions, dans la vie, où c'est entre soi et soi et la justice des hommes n'est qu'une indication. Ce qui ne règle absolument pas les problèmes concrets d'humains concrets, j'en suis consciente.)
Bref, le sujet du moment et celui d'alors ne sont pas sans lien. L'article parlait de Sabine Valens, connue sur insta sous le pseudonyme Fidélité, mes fesses !, autrice d'un livre récemment paru : Aimer sans posséder, une critique féministe de la fidélité.
J'ai suivi son compte quelques semaines, puis fini par acheter le livre, un peu perplexe.
Son postulat : absolument rien, y compris une relation de couple monogame de longue durée, ne doit passer au-delà de notre gouvernance sur notre corps et nos émotions.
Elle explique dans son livre que le premier argument qui lui est opposé est que la monogamie est naturelle. Un mot auquel je suis assez nettement allergique depuis la manif pour tous (et vous avez, si vous êtes comme moi, un "natchurèlleinh" qui s'est installé dans votre cerveau, j'en suis bien désolée). Or, citations scientifiques à l'appui, il semblerait que ça ne soit le cas qu'à partir de la sédentarisation des humains - et donc sa capacité à accumuler des richesses et à préférer les transmettre à ses enfants qu'à ceux qui seraient les bâtards d'un autre mec[1].
Sabine Valens rappelle également que l'adultère a toujours existé, y compris dans des régions du monde, ou des périodes de l'histoire, où il était puni de mort. La nature doit avoir une vision un peu alambiquée de son rôle, dirons-nous.
J'ajoute une intuition, il me semble que lorsque la population humaine était beaucoup plus réduite et que quelques milliers de nos ancêtres peuplaient le monde, il y avait un intérêt évolutif à brasser les gènes, mais je n'ai pas le bagage scientifique qui convient pour étayer cette impression.
Bref. Après les débuts du capitalisme et de ses népo bébés d'origines certifiées, même si la seule filiation qu'on pourra jamais prouver est celle de la mère, il y a eu la religion. Pas la peine d'être théologien pour constater que dans toutes les grandes religions monothéistes, c'est sur la femme qu'on fait peser le plus le poids de la fidélité et d'une forme de timidité sexuelle, dans le meilleur des cas, quand ça n'est pas répression, chasteté imposée et autres moyens de domination.
La faute aux instincts des hommes, ces primates aux pulsions non maîtrisables, va répondre le chœur des gens. Ah oui ? Mais quel est le poids de l'animalité (je n'ai, à titre personnel, aucun problème à être mammifère) et celui de la pression sociale, des normes transmises depuis des générations ?
Pour en revenir au présent, Sabine Valens rappelle que dans le couple monogame, de nombreuses "épreuves" se présentent : déménagements, naissances, parfois deuils, désaccords puissants. Mais un seul est puni d'une sanction sans appel, d'une menace de séparation sans plus ample informé : l'infidélité.
Il y a dans cette "faute" de l'un vis-à-vis de l'autre cet aspect impardonnable. Il est acquis pour tous, ou presque, qu'une fois le couple établi, nos sentiments et nos relations sexuelles ne seront plus désormais nôtres mais la propriété de l'autre, ou en tout cas, que notre consentement sera inférieur à celui de l'autre ("moi, je coucherais bien avec ce charmant individu mais mon mec me foutrait à la porte").
Or, qui voudrait vivre sous la menace de perdre un espace protégé, amoureux, écosystème économique et relationnel, le contact avec ses enfants s'il y en a ?
(La suite va vous surprendre.)
Tous ceux qui disent qu'ils ne seront jamais infidèles pour ne pas risquer leur relation... mais que s'ils étaient certains que l'autre ne le saurait jamais, alors, oui, ils pourraient le ou la tromper.
La fidélité ne serait, pour beaucoup d'entre nous, qu'une anticipation des emmerdes qu'elle nous vaudrait plutôt qu'une posture de don et d'abnégation. Comme l'affirment pas mal d'autres : je n'aime que lui ou elle, donc je ne le ou la trompe pas. C'est un don de moi que je fais. Ah. Et pourquoi ? Parce qu'on a toujours fait ainsi, parce que c'est comme ça qu'on aime ?
Valens s'insurge. N'est-il pas possible d'aimer ses enfants multiples dès lors qu'on en a plus d'un sans rien enlever au premier ? Un ou une nouvelle amie remet-il ou elle en question les relations qu'on avait avec les plus anciens ?
Non.
Mais par amour, on ne ressentira plus rien pour personne jusqu'à la fin des temps. Ni du coeur, ni du cul.
Facile, rétorquent les monogames convaincus, il suffirait, soumis à la tentation de se retenir.
Je fais ici un aparté très personnel.
Se retenir, c'est facile, disent des gens qui pourraient également faire partie de ceux qui m'ont conseillé de fuir pour ne pas souffrir. Car, depuis un moment, c'est ce que je fais : retenir de l'amour, retenir du désir (oui, les deux). Mais là, pour m'éviter des souffrances inutiles, je devrais me couper d'une relation parce que c'est trop dur, sinon.
Faudrait savoir. C'est facile ? Ou c'est trop dur ?
Sabine Valens et moi sommes assez d'accord sur le sujet : l'amour pas plus que le désir ne se commandent. Même à supposer que se cacher à l'autre bout du monde rendrait l'état de rétention plus facile (je ne vois pas comment, mais c'est sans doute parce que je ne suis pas une autruche.) Car, figurez-vous, mon cœur, mon cerveau, mon corps continuent de ressentir même de loin. "Loin des yeux, loin du cœur" est un truc à peu près aussi vrai que "un bisou qui guérit tout".
Or, affirme Valens, une histoire longue est une histoire où les cœurs peuvent trouver une place sereine, privilégiée, sécurisante, mais qui laisse de la place à d'autres rencontres. La sexualité, au fil du temps, peut se désynchroniser dans ses attentes, sa fréquence. À supposer d'ailleurs qu'elle ait été harmonieuse au début, ce qui n'est pas une évidence si évidente que ça.
Alors quoi ? Alors le monde attend de nous que, pour des besoins aussi vitaux que créer des liens, ressentir, mais aussi la sexualité, on ne dépende plus que d'une personne et de son bon vouloir. Même si l'un ou l'une a moins envie et qu'il ou elle "se force" pour ne pas perdre l'autre. Ou que l'une ou l'autre rencontre quelqu'un et renonce à une belle histoire possible par peur de perdre celle à laquelle il ou elle n'a pas envie de renoncer.
Ben ouais, répondrons certains d'entre vous avec la plus parfaite béatitude.
Et du coup, quelle est la limite ? Sabine Valens parle de ce contrat de fidélité que personne n'a jamais vu et dont, faute de dialogue au début de la relation, personne ne connaît le contenu exact. Embrasser, c'est tromper ? Penser à quelqu'un d'autre ? Fantasmer ? Coucher, oui, ça c'est une évidence partagée parmi les couples monogames fidèles. Mais avant ? Tout l'avant qui peut être si envoûtant ? Pas vu pas pris ?
J'émets ici un avis très personnel : l'infidélité commence au moment où on commence à omettre pour son conjoint une partie de la relation. Certains appellent ça leur jardin secret, d'autres savent que c'est tout bonnement le début des emmerdes.
Parce que la jalousie. Jalousie qui n'est rien d'autre qu'une manifestation de notre propre insécurité, dont on fait porter la charge à l'autre. Qu'est-ce que je ne lui apporte plus, à l'être aimé ? Va-t-il me quitter ? Vais-je avoir de quoi survivre le cas échéant ? Est-ce une passade ? Est-ce qu'il l'aime ? Plus que moi ? Qu'est-ce que je n'ai pas assez fait pour le retenir ?
En cas d'infidélité découverte mais sans rupture, elle évoque les punitions destinées à celui ou celle qui devrait se soumettre à d'incessantes pénitences pour se faire pardonner. Et, évidemment rompre avec l'autre.
Longues litanies tournées autour de notre "je" et pas de l'autre et pas tellement du "nous". L'égo en crise, la peur de la solitude dans une société qui survalorise le couple comme mode de vie. Et toujours : le consentement de l'autre plus fort que le nôtre sur ce qu'on devrait faire de nos sentiments et de nos envies de chair.
J'ai peu insisté sur la partie féministe de l'ouvrage, mais elle va de soi et est essentielle : le poids de la fidélité est plus lourd sur les épaules des femmes (appauvrissement souvent catastrophique à l'occasion des séparations et divorces, quand on peut se le permettre, sexualité des femmes condamnée par "salopophobie", charge mentale du réenchantement sexuel du couple, entraves faites au corps, etc). Je vous encourage vivement à lire le livre pour en prendre la pleine mesure.
Or donc j'ai lu tout ça en pensant à mes copains qui pensent qu'ils sont libres et autonomes mais tremblent devant les fureurs de leurs meufs et rentrent en courant avant de les déclencher. De mes copines qui trouvent que le don intégral de soi, façon nonne d'un seul homme, c'est le seul amour qui vaille.
Et moi ? Moi, je suis bien contente de n'être pas concernée car je suis bien en peine d'un avis tranché. Je ne peux être fidèle ou infidèle qu'à moi, et c'est déjà un sacré boulot. Mais au fond, je ne sais pas.
Sabine Valens raconte qu'elle vit avec son conjoint depuis 20 ans, dont dix en couple ouvert. Que certaines histoires sont racontées à l'autre, d'autres non. Que parfois ça a été juste sexuel et que d'autres, il y a eu une rencontre d'âme et de cœur aussi.
Intellectuellement, je suis absolument d'accord avec ce qu'elle dit. Rien ne devrait être supérieur à ma propre volonté en ce qui concerne ma liberté à disposer de mon corps. Je suis intimement persuadée qu'on peut aimer simultanément deux personnes. Qu'on s'enrichit à aimer et qu'on se fait grande douleur à contenir. Que la menace de la perte ne devrait pas être la raison de vivre ou non une relation. Que la sexualité est beaucoup trop moralisée et que je refuse que ma conduite au lit (ou ailleurs) soit le fruit d'une religion ou d'un système - même si, en pratique, on n'est toujours que les enfants de notre époque. Sans parler de celui ou celle qui aurait contenu pour découvrir que l'autre ne lui a pas rendu la politesse...
Si j'étais concernée ? Aurais-je suffisamment vaincu mes insécurités pour, à défaut d'accueillir tout de suite bien, au moins avec le cœur et l'esprit ouvert, les désirs d'ailleurs de mon compagnon ? Serais-je capable de vivre deux histoires de front sans faire de mal à aucun ? Aucune idée.

Note
[1] On peut opposer à ça que 10 %, je crois, des naissances, à l'heure actuelle, réserveraient quelques surprises au supposé géniteur.

J’ai toujours trouvé suspect les grands discours sur la moralité de la fidélité…
Et puis j’ai tendance à voir les histoires d’amour comme des cas particuliers où chaque couple a ses propres règles… alors j’ai beaucoup de mal avec les injonctions…
(Et oui, je commente juste sur une infime partie de billet où il y a 1000 choses à dire… kestuvafer ! 🤭)
Ah mais Orpheus je ne vais RIEN faire ! Déjà tu es le seul à avoir lu, potentiellement t'être dit "la pauvre fille a fait une fiche de lecture interminable et nous demande de réfléchir, ayons pitié, disons lui que l'écho autour d'elle n'est pas fait que d'indifférence !"
J'en parlais avec S. tout à l'heure : j'ai vu deux films samedi. Dans l'un, le héros a une aventure avec une femme mariée (qu'il met enceinte, au demeurant). Evidemment, avant même qu'on sache que le mari est un odieux connard, on est à fond derrière le couple illégitime.
Dans le deuxième, il y a une histoire impossible, qui s'achève car l'un des protagonistes ne veut pas entraver l'autre. Celui qui se "sacrifie" en meurt, l'autre passe une vie à le chercher, perdu dans sa solitude. Evidemment on veut qu'ils se retrouvent.
Pourquoi on passe autant de temps, dans autant d'œuvres de fiction, à soutenir ce qu'on s'interdit dans la vie ?? Oh lala qu'on m'appelle un psychanalyste, ça a l'air trèèèèèès compliqué à comprendre !
(Sinon je vais à La Padellina, demain soir, toi même tu sais.)
Chaque paragraphe de ta réponse m’a fait (sou)rire. 🤭
Et la parenthèse finale saliver… 🤤
Si j'arrive encore à faire (sou)rire, Orpheus, alors tout n'est pas complètement foutu ❤️
Orpheus n’est maintenant plus le seul a avoir lu tes intéressantes réflexions !
Je le rejoins d’ailleurs pour penser que chaque couple définit (ou peut définir) ses propres règles. Règles qui peuvent d’ailleurs changer dans le temps, au gré de l’évolution du couple. Cette (re)définition des attentes du couple ou de la vision de la fidélité me semble plus commune (ou assumée ?) chez les couples homos, que chez les couples hétéros. L’importance de se parler, d’exprimer ses attentes et de s’autoriser à sortir des sentiers battus ?
Nicolas merci ! Pour rendre à Valens ce qui est à Valens, ce sont en très grande partie ses réflexions !
Mais justement : ce qu'elle souligne c'est que justement, très peu de gens parlent de ce qu'il y a dans le contrat (parce qu'au début on est dans la passion dévorante et qu'on ne veut que l'autre). Et qu'une fois qu'on est installé dans un modèle "classique", va rouvrir le dossier des années après sans prendre un énorme risque de tout perdre. Donc en fait, définition, réévaluation, il n'y a pas.
Je partage tes impressions sur la différence entre couples homos et hétéros.
Tu donnes envie de lire le bouquin en tout cas.
j'ai été une jeune amoureuse assez infidèle, ma curiosité et mon désir d'expérimenter me guidant. Plus tard, j'ai été très fidèle, la curiosité et l'aventure était à l'intérieur du couple. Je n'ai jamais éprouvé le moindre effort à l'être, je n'ai jamais eu à résister à la tentation. Quand à mes partenaires, c'est le contrat qui compte et donc d'en avoir parlé. S'il s'engage dans la fidélité, alors que je n'ai rien exigé de lui à ce sujet, alors qu'il s'y tienne, j'ai une forte détestation des promesses non tenues. Mais on peut toujours en discuter, parce que l'amour c'est beaucoup plus que ça.
Je crois comme toi, que beaucoup de personne n'interroge pas assez voir pas du tout ce que c'est que de faire couple, et font comme tout le monde, donc comme ce que la société leur montre comme modèle unique.
Alana à propos d'amour, elle dit que c'est un sentiment indémontrable : on ne peut pas disséquer quelqu'un ou mesurer son amour, alors on ne peut que croire celui ou celle qui dit qu'il/elle aime ou pas.
Alana bis moi ce qui m'a le plus marquée dans son bouquin c'est la prévalence du consentement d'un(e) autre sur notre corps ou nos sentiments. Ça m'a glacée, d'y penser comme ça.
Oui, vu comme ça c'est glaçant. ça raconte bien l'emprise patriarcale. Le pouvoir que l'on donne à l'autre sur soi, ou que l'autre réclame, c'est une question présente un peu partout dans le couple qui vaut le coup de se poser, d'interroger.
"J'émets ici un avis très personnel : l'infidélité commence au moment où on commence à omettre pour son conjoint une partie de la relation."
Ca résume assez bien mon avis sur la question. La norme, j'en ai pas grand-chose à foutre, en revanche sans honnêteté, je ne vois pas comment on peut mener aucune relation.
Puis au-delà du "mon corps ma vie" tout ça, je me rends bien compte que je serais probablement jalouse si mon mec depuis vingt ans allait voir ailleurs, quand bien même je suis me semble-t-il assurée de son amour pour moi. De mon côté, ce serait "bah non, c'est pas pareil", mais c'est juste parce que je suis dans ma tête et pas dans la sienne.
Je trouve ça intéressant, les bouquins qui déconstruisent la norme. Mais j'ai aussi souvent l'impression qu'ils existent pour valider les choix de leurs auteurs. (Maïa Mazaurette fait ça, souvent.)
Je suis totalement d'accord avec Alana en tout cas, quand elle dit que le problème c'est quand les couples ne discutent pas.
Peut-être revoir "Sur la route de Madison" ?
Kalys moi c'est vraiement le point de la souveraineté sur les corps qui m'a attrapée. D'autant quand on sait qu'une grande partie des VSS sont commises dans le cadre du couple, ça refroidit le grand acte généreux de don de soi.
Je comprends toutefois ce que tu veux dire et je l'ai lu "avec des pincettes", justement, pour essayer de ne pas m'embarquer dans ce biais. Il y a plein de choses que je n'ai pas citées parce qu'elles n'étaient étayées que par le point de vue de l'autrice. Pas forcément fausses, mais pas forcément plus qu'un point de vue.
Mais j'aime bien quand on me met sous le nez une question qui remet en cause les évidences qui n'en sont pas. Quand ça me force à réfléchir en dehors des miens, de biais. Quand je n'ai pas de réponse. Quand c'est inconfortable.
Quant au fameux point souvent nommé "il/elle ne comprendrait pas" dans la bouche de celles et ceux qui le franchissent, il est à mon sens un peu moins simple que la frontière entre honnête et malhonnête. On ne sait pas quelle est la limite de chacun des autres en présence. Mais il a un petit goût de "passé cette limite vous êtes dans la merde" :D
Catherine oh là, je l'ai déjà vu de nombreuses fois (et son côté un peu téléphoné m'a un peu lassée, à force, même si je l'aime toujours). Mais bon, un nombre très élevé de films sont construits autour d'un amour interdit, que ça soit le sujet principal ou non, je pourrai me rattraper avec beaucoup d'autres !
C'est toujours une bonne idée de revoir Sur la route de Madison. Ne serait-ce que pour l'étonnement de voir Eastwood faire un film au point de vue entièrement féminin.
Jane Doe oui, c'est vrai, tu as raison, cet étonnement est entièrement neuf à chaque fois !
Alana je n'avais pas vu ton deuxième message : ça fait penser deux secondes à l'évidence sur laquelle on pense vivre nos vies, hein ?
Le dernier paragraphe avec ses questions <3
Sur le papier, je serais d'accord avec plein de trucs, du moment que c'est discuté, consenti, joyeux. Concrètement, ça s'est vite (vite comme dans quasi instantanément) révélé invivable pour moi, et je ne suis pas certaine que c'était uniquement par conditionnement ou manque d'expérience. Devoir en permanence lutter contre des insécurités (miennes ou provoquées/entretenues ?) et des sentiments peu nobles s'est révélé une entrave bien supérieure à la liberté supposée — tandis que la sécurité affective de ma relation actuelle m'offre un sentiment de liberté immense, comme un grand élan de vie à redéployer.
Depuis, j'ai un regard plus distancié sur la rhétorique polyamoureuse, et trouve à la suite de Kalys que ça sent souvent la justification de son mode de vie, voire l'auto-persuasion — dixit une monogame-at-heart ? Quelque part, la fidélité ne me semble faire sens que si elle est fidélité à soi, comme tu le dis, et à l'autre par désir. S'il faut se retenir, bof, autant chercher un autre mode relationnel. À moins que le couple exclusif soit le pire des régimes, à l'exception de tous les autres ?
la souris je ne suis qu'une montagne de questions avec de tout petits pieds en dessous.
La bonne nouvelle c'est que je n'ai pas besoin de trouver les réponses. Et je suis ok avec Kalys et toi, il y a des passages où on est dans la justification.
Mais vraiment ce qui m'a frappée c'est cette question sur la gouvernance du corps (disons que dans une relation monogame classique et pas trop dysfonctionnelle) le contenu de ta tête et de ton coeur peuvent t'appartenir. Mais dans la pratique, oui, tu "donnes" des droits sur ton corps à l'autre et je ne l'avais jamais vu comme ça.
Mais la maternité m'a fait cet effet aussi, celui de perdre toute gouvernance pour le bien d'un autre.