J'ai vu Alana, donc.
On a mangé, soupiré, ri. Peut-être moins que quand je lui ai raconté la surprise que j'ai eue avec mon tout premier amant[1], mais ri. On a parlé, beaucoup, on a marché, un petit peu, on a fait les mises à jour depuis notre dernier coup de fil. Passé du temps à regarder la mer, vu un dauphin (j'en suis toujours en joie), passé peu de temps à convenir que les petits flans du boulanger du port (celui à côté des conserveries) étaient meilleurs que leur kouign aman.
Et puis elle m'a dit "oui mais bon, tu dis que tu allais mal mais tu ne nous l'as pas beaucoup dit".
Et moi qui pensais avoir passé mon temps à me lamenter ici et là. Mais de vive voix ? C'est vrai.
Il faut dire que quand je vais mal, pas juste un peu grognon, mais vraiment, je suis imbuvable. J'envoie promener, je grince, je verbalise mon cynisme à l'envi, je griffe, je mords, j'envoie promener, encore. Et je n'aime pas faire ça avec les gens que j'aime, alors je me rétracte, je me colle dans un trou et j'y reste, autant que possible. Et je ne vois vraiment pas ce qui pourrait me faire du bien, surtout pas : parler.
Mais vraiment, la sensation que l'impuissance, la mienne, celle des autres, gonfle à chaque mot prononcé, que les larmes amères vont venir me noyer, bref, la mâchoire serrée sur mes blessures.
Je lui dis, donc : "non mais je suis chiante quand je vais mal".
"Et tu crois que c'est ce qu'on se dit, nous ?"
(Merci de penser tant de doux de moi.)
C'est marrant parce que j'avais déjà eu une conversation approchante quelques jours avant et que je me suis dit que je ne serais pas la seule à grommeler un "oui mais bon mais". Bref. Aucun rapport.
Mais justement ça va mieux. Faut pas trop pousser, pas trop provoquer son destin, mais je respire plus large, mes épaules sont redescendues, bref, une forme de calme. Je ne sais pas s'il est durable, ni combien de temps il va rester, alors je le savoure tant qu'il est là.
(Et oui, je sais pourquoi, je sais comment et pas vous. C'est ainsi.)
Note
[1] Mais je crois que ce fou rire-là est de ceux dont on fait les légendes.


Sur le repli quand on va mal et l'idée d'être chiant dans ces moments là, en général, pas toi particulièrement. En y repensant je me demande si l'image de soi qu'on offre aux autres, qui peut être : solaire, fort, solide, pilier, ect, selon les personnes, ne génère pas une attente inconsciente dont on se protèges par ce repli, histoire de pas "décevoir" ?
Je me demande si les autres pensent aussi que "je ne dis pas" alors que moi j'ai l'impression de passer ma vie à me plaindre. Parler /écrire chez moi, à un effet double et paradoxal, d'un côté j'ai l'impression de sortir le truc de moi et d'en être soulagée, d'un autre, je ne me sens jamais vraiment comprise et j'en ressens une frustration. Mais je crois pas avoir jamais réussi à me taire ;-)
En tout cas c'était chouette de se retrouver.
Alana en tout cas ET surtout c'était bon, oui. Sauf cette petite addiction aux vidéos d'éducateur canin que tu as déclenchée (les chats regardent, passionnés) ! Vivement la prochaine. (Et c'est marrant, chez moi, parler et écrire ne servent pas du tout à la même chose !)
Et puis quand bien même tu le serais… s’il y a bien un moment où on a le droit d’être chiant, c’est bien quand on va mal…
Et puis c’est toujours moins relou que les gens qui sont chiants même quand ils vont bien.
Orpheus, tu es choupi. On est qui on est et tu le sais aussi bien que moi. Ne vous attendez à rien de spectaculaire du côté de la demande de soutien !