Je ne crois pas au destin. Je ne crois pas aux signes. Je crois qu'on voit des choses auxquelles on donne - ou pas - du sens et qu'on appelle signes, mais je ne crois pas beaucoup au sens, ni au grand dessein. Je crois à la chance, aux heureux hasards, et à leurs contraires. Je crois qu'il existe des gens absolument faits pour s'entendre qui ne se rencontreront jamais, que chaque pot ne trouve pas son couvercle ou la chaussure à son pied. Je crois qu'il y a des gens qui crèvent de solitude avec 8 milliards d'autres personnes autour, que la vie n'est pas juste ou injuste.
Je crois aussi que parfois on rencontre un(e) être humain et que cette rencontre est parfaitement inhabituelle. On tombe en admiration, en amitié, en amour, parfois un peu de tout ça mêlé[1], que ça ne s'explique pas vraiment, ou que ça serait très chiant de l'expliquer parce qu'on n'a pas envie de n'être qu'un ensemble de facteurs biologiques qui en rencontre un autre avec qui ça se passe bien.
Et je crois que, quand on est confronté à ces rencontres particulières, c'est suffisamment rare pour ne pas passer à côté de ce "rendez-vous" avec le hasard. Qu'il n'y a aucune promesse, aucune garantie (mais il n'y a jamais de promesses ni de garanties, on tend, dans la vie, à confondre habitude et sécurité et, spoiler alert... mais qu'il faut prendre ce qui vient, comme ça vient, vivre ce qu'il y a à vivre sans mesurer ce qu'on donne et ce qu'on reçoit à l'aune de ce qui pourrait être, de ce que pensent les autres.
Dans mon cas, et ça n'engage que moi, ça m'oblige un peu. Ça me donne envie d'être là pour de vrai, pas trop planquée, de donner ce que j'ai de meilleur. Pas dans le sens : faire semblant pour complaire. Dans le sens : faire de la place à mes fonctionnements préférés, et tenter de bosser un peu sur mes mauvais réflexes, hérités de doutes, de traumas antérieurs, etc.
Alors, on se résiste un peu. On respire là où dans d'autres circonstances, on aurait tout envoyé valser. On apprend à parler à l'oreille de nos insécurités. On se laisse traverser, on lâche prise, littéralement ; on est curieux de la suite, pas dans l'inconscience ou l'idée magique que tout ira bien. On accueille joie et inquiétude, peur et rire, désir et frustration, curiosité et petits replis de protection. Silence et mots. On accueille le doux, on reçoit parfois du rugueux. On s'ouvre, on fait confiance, on constate que malgré la peur de replonger, de la lumière a de nouveau fait son chemin vers l'endroit d'où on décide de vibrer[2] On se débat dans des peurs et des angoisses, on mord au passage, on se rend compte que l'autre encaisse mieux que ce que l'on pensait. On s'apaise parfois. On savoure. On s'inquiète. On vit.
Je ne crois pas qu'il y ait de signes, donc, même dans ces rencontres. Leur caractère singulier n'a pas besoin de panneaux clignotants pour nous donner une direction. On n'a, au fond, qu'un choix : accepter l'inhabituel ou tourner les talons.
Moi, dans mes balances intérieures, la seule information que je pèse c'est : est-ce qu'il serait plus douloureux de passer à côté que d'accepter de prendre ce chemin sans repères ni règles ? Et si la réponse est oui, c'est le seul "signe" dont j'aie besoin.

Notes
[1] Je crois aussi à l'inverse, qu'il y a des personnes qu'on déteste instantanément, pour des raisons aussi peu expliquées, mais par nature j'essaie d'éviter de passer du temps à m'interroger sur les gens pour qui j'ai de l'antipathie.
[2] Orpheus. Je sais que tu rigoles. Non, pas cet endroit-là.

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