Il fut un temps, long, dans ma vie, où il y avait régulièrement un homme, pas toujours le même, bouche et/ou mains rivées à mes seins, en état de vénération avancée. Ben oui. On peut être la petite dame sans grand attrait particulier (à part une couleur d'yeux un peu rare mais qui s'intéresse à la couleur des yeux des femmes ?) et objet de vénération. Chacun son fetish.

Désormais, c'est différent. Le grand moment de la vie de mes seins c'est la mammographie annuelle - heureuse héritière d'antécédents maternels, j'ai droit à la surveillance rapprochée depuis quatre ans.

La première année, ma mère était dans le dur de la maladie, j'ai vrillé. Je suis allée au mauvais cabinet de radiologie, failli écraser une dame en cherchant une place, failli me faire écraser en traversant, cherché ma voiture dans le mauvais parking en repartant pour le bon endroit, j'en passe. Il se trouve que c'est un endroit où tu as soit la bonne manipulatrice qui ne te fait pas mal[1] et un médecin à chier, soit la manip qui serre comme si elle avait une vengeance à assouvir et un médecin cool. Mais je ne me souviens même plus tellement j'étais à côté de mes pompes (je me souviens en revanche de l'énorme araignée qu'on a trouvée dans un frigo chez Boulanger avec Cro-Mi juste après. Une bonne journée.)

L'année d'après j'ai eu une montée de flippe quelques jours avant. J'ai eu la richesse d'esprit de me tourner vers un marabout d'une efficacité remarquable. 15 minutes plus tard j'étais dans un état normal (pour moi), fort heureusement car je venais de quitter mon ex, encore coloc à l'époque, qui m'a regardée partir avec les clichés de l'année d'avant sous le bras sans même se dire que ça aurait sympa de me dire "bon courage". Ma faute, c'est moi la méchante de l'histoire. Quelques jours plus tard, le marabout a fait un SAV d'enfer, j'avais le téléphone qui vibrait dans la poche, tel les meilleurs encouragements de la meilleure des cheerleaders, jusqu'à ce que les mots "tout va bien" soient prononcés.

Et putain, heureusement qu'il était là, c'était une année bonne manip, mauvais médecin, le mec était vexé comme un pou parce que ma gynéco avait écrit sur l'ordonnance une échographique qu'il avait le pouvoir et la prérogative de prescrire en cas de besoin, on aurait dit qu'il s'était fait déposséder de sa virilité en un coup de bic cristal sur un bout de papier. Sorcellerie, encore. Évidemment, au lieu de lui passer un confraternel coup de fil, il s'est vengé sur moi et ça n'était pas beau à voir. Merci au marabout-cheerleader. Grâce à lui j'ai traversé le truc (dont trente minutes d'attente semi à poil dans la micro cabine pour poser ses affaires entre deux salles d'examen) sans trop de dommages.

L'an dernier je suis allée fièrement comme une grande au rendez-vous et miracle ! C'était une femme, le médecin. Gentille, parfaite. Notons son nom !! Ne prenons plus rendez-vous qu'avec elle ! Nous sommes-nous dit avec ma gynéco. Manque de bol, cette année elle n'est plus là.

J'ai changé de cabinet, sans grande conviction, aussi parce que l'habituel n'a pas de créneaux les jours où je peux y aller facilement. Et donc, dans quelques jours, je découvrirai quelle est la recette magique de la mammographie en centre-ville pour me faire passer ce moment délicieux.

Et pourtant, seul moment de l'année où un mec me touche les seins, même si nous n'y prenons ni lui ni moi aucun plaisir.

Une photo qui se trouve dans mon salon : un exhibitionniste de trois quart dos ouvre grand son manteau devant une statue. La légende dit : expose yourself to art.

Note

[1] La phrase "ça n'est pas douloureux, juste désagréable" a été inventée par un mec à qui on n'a jamais écrasé les couilles entres deux plaques solides, si vous voulez mon avis.