Toi,
Merci. Pour tout, pour depuis qu'on se connaît, sans la moindre restriction. Je te l'ai déjà dit, je crois, mais c'est ce que je pense quand je pense à toi.
Merci pour cet été. Tu ne peux pas savoir à quel point mon coeur a battu à te lire, à suivre les notes de musique, les mots, les images. C'était beau, au-delà de ce que je peux en dire.
On n'a jamais vraiment dit les mots en entier, alors bien sûr, ça ne valait pas promesse. Juste, j'ai rêvé trop fort pour la vraie vie, qui a une fâcheuse tendance à être décevante, un peu souvent, je crois.
Je regarde ta jolie vie et je vois bien l'absurdité de rêver.
Et dans le même temps, il y a en moi, pour toi, plus que des mots. Ça m'a foudroyée sur place l'autre jour. Le contraste entre nos mots écrits et le bouclier de ta vie entre toi et moi, que tu tenais bien fermement.
Est-ce que tu sais combien de fois tu commences une phrase par "ma femme" ? Je ne m'étais pas préparée à en souffrir autant, pas ce jour-là, pas quand tu l'as dit encore plus souvent que d'habitude. J'ai entendu rappel au cadre, j'ai entendu "cet été n'existe pas, je regrette ce que j'ai suggéré".
Je ne sais pas ce que tu penses ou ne penses pas, à vrai dire, ce que tu sais ou ne sais pas.
J'ai envie de hurler de peine à l'idée d'une vie sans toi. Mais ça ne serait pas honnête de dire ou de faire croire que je suis certaine d'être à nouveau capable de ne pas t'espérer. Alors je ne sais plus vraiment quoi dire ou pas, ni où me mettre ni quoi faire de tout ça.
L'autre jour, je te disais que je me sentais perdue mais au bon endroit. Aujourd'hui je suis perdue tout court. Et je me tais parce que je n'ai pas envie que ça soit ma douleur ou ma tristesse qui te parlent. Je prends le temps de démêler.
Je ne crois pas que l'amour soit un truc conditionnel, on peut donner beaucoup et ne jamais recevoir. Moi, de toi, j'ai reçu beaucoup. J'espère que tu as reçu, aussi. Que ça a apporté quelque chose d'un peu joli à ta vie.
Depuis quelques jours j'ai du mal à écouter de la musique, tu es dans toutes les notes, à lire, tu es les mots, à regarder des films, tu te glisses dedans comme la 25e image par seconde. À écrire, j'ai peur de tout casser.
Je me force, un peu, parce que c'est ça qui donne du sens à ma vie, parce que j'y trouve aussi le peu d'apaisement qui me fait encaisser debout. Ou aussi debout que j'arrive à être. Je te digère, ça n'est pas la chose la plus facile que j'ai faite.
Tu as m'a donné une place dans l'ombre de ta vie et j'y ai été heureuse, souvent. Je me suis construit des défenses en béton pour me dire que je pouvais ne rien attendre et vivre ce qu'on pouvait, j'ai soulevé des montagnes de névroses pour pouvoir t'aimer de là où c'était autorisé.
Pas envie de réclamer quoi que ce soit, pas envie d'amocher ce qui a été, pas envie de t'entendre de dire des trucs horribles car tu te sentirais accusé ou blessé ou sommé de je ne sais quoi. Tu ne me dois rien et je, tu, on vaut mieux que ça.
Pas envie de nier non plus ce qui se passe à l'intérieur de moi, de faire comme si. Je n'ai pas rêvé à partir de rien et bien d'autres que moi auraient oublié la prudence. Je crois. Et l'idée que tout ça ait reculé me consume.
Ils sont curieux, ces moments où on a peur de tout perdre, mais où on ne peut pas se trahir en faisant l'économie de ce temps qu'on se donne pour faire le tour de la question.
Peut-être que je la retrouverai, cette place, sur un mot, un rire. Peut-être que non. Peut-être que c'est toi qui ne me la donneras plus.
Et toi, ce qu'il y a (ou pas) dans ta tête m'est hors de portée, ça n'aide pas.
J'ai l'impression de me débattre avec des idées aux contours fantomatiques. Ça serait tellement plus simple si c'était simple, hein ?
La seule chose dont je suis sûre : ça a toujours valu la peine.
Et l'amour, ça, j'en suis sûre aussi, depuis longtemps. Il t'est acquis. Quoi que tu en fasses.

